La Fête des mères : une entreprise victime de son succès

Imaginez que vous entrepreniez un projet qui devienne un véritable succès, à tel point qu’il soit adopté par plus de 153 pays dans le monde ! N’est-ce pas le rêve de tout entrepreneur ? C’est ce que réalisa Anna Jarvis il y a une centaine d’années.

 

De tout temps, les différentes civilisations ont trouvé le moyen de célébrer les mamans. Durant l’Antiquité on vouait un culte aux déesses Gê, Rhéa et Cybèle. Quant aux Romains, ils dédièrent un temple à Junon. Plus tard, ces célébrations furent abandonnées, considérées comme païennes. Ce n’est qu’en 1600 que les Anglais décidèrent d’instaurer « The Mothering Day », qui fut ensuite repris sans succès par Napoléon.

A vrai dire, ce n’est qu’en 1872 que la Fête des mères telle que nous la connaissons fût instaurée. Julia Ward Howe tenta de dédier une journée nationale afin de célébrer et honorer les mamans. Bien que sa bataille fût sans succès cela inspira Anna Jarvis de poursuivre cet objectif et d’instaurer « Mother’s Day » dans le monde entier.

Anna Marie Jarvis a 40 ans lorsque sa maman décède, un second dimanche de mai en Virginie-Occidentale. Dans un premier temps, elle organise une cérémonie religieuse en son honneur. L’entrepreneuse passionnée décide ensuite de créer une association dédiée au « Mother’s Day ». En collaborant avec la société de taxi de son frère elle réussit à trouver les fonds nécessaires et enregistre « Mother’s Day » comme propriété intellectuelle.

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Après 6 ans de lutte passionnée, elle reçoit l’aide de personnes influentes telles que H.J. Heinz ou le propriétaire du centre commercial Wanaker’s. Elle parvient également à persuader quasiment tous les gouverneurs d’Etats pour soutenir sa cause. En 1914, elle gagne le vote du Congrès ainsi que la signature du président Woodrow Wilson officialisant ainsi le fait que chaque second samedi de mai serait reconnu par le pays tout entier comme étant « Mother’s Day ».

Très vite, la Fête des mères prend une dimension commerciale, ce qui lui permit d’ailleurs de perdurer pendant un siècle. Alors qu’Anna se balade dans l’un des centres commerciaux Wanamaker’s (qui l’avait aidé à lancer son mouvement), elle est horrifiée lorsqu’elle aperçoit « Salade Fête des mères », en vitrine d’un restaurant. L’activiste commence alors un autre combat, celui de la décommercialisation de la Fête. Après avoir vu son projet aboutir, elle passe le reste de sa vie à se battre contre l’industrie qui profite de ce jour de commémoration. Son association traîne en justice le gouverneur de New-York, elle critique Eleanor Roosevelt lorsqu’elle ose récolter des fonds pour une association caritative en profitant de la Fête des mères. Elle qui s’était associée aux syndicats et aux associations de fleuristes quelques années plutôt (elle est aussi à l’origine de la tradition des œillets), décida de tout mettre en œuvre pour désormais arrêter leurs actions commerciales, exigeant que sa fête reste un jour sentimental, fêtée en privé.

Elle est aperçue, à la fin de sa vie, en train de faire du porte-à-porte à Philadelphie, demandant de signer des pétitions pour l’arrêt de cette fête. L’ironie du sort veut que cette femme entrepreneur, icône et fondatrice de la première fête qui honore les mères, n’a jamais eu ni mari ni enfant.